En plein coeur du Centre Spatial Guyanais

ArianeQui dit Guyane française dit décollage des lanceurs Arianes. Et oui, même si pour beaucoup la Guyane est un territoire isolé et sous développé (bon il faut avouer qu’ils n’ont pas tout à fait tord…), elle reste néanmoins la porte d’entrée de l’Europe vers l’Espace avec la base de lancement la plus moderne au monde.

Situé dans la ville de Kourou, à une soixantaine de kilomètres de Cayenne par la RN1, le CSG (pour Centre Spatial Guyanais) se visite gratuitement pour toute personne qui en fait la demande. Il suffit d’appeler le standard ou d’envoyer un mail pour réserver son parcours. Pour ceux que ça intéresse, voilà le site sur lequel vous trouverez toutes les informations nécessaires. Plusieurs parcours sont proposés, le plus complet étant le circuit gamme lanceurs qui vous emmènera voir les installations de Vega, Soyuz et bien sûr Ariane 5.

On arrive donc dans le centre où va débuter la visite et déjà en se garant sur le parking, on est tout de suite dans l’ambiance avec une maquette à taille réelle d’un lanceur Ariane 5 qui nous accueille. Globe

Après avoir échanger notre pièce d’identité contre un joli badge plastifié (ça fait très pro !!) nous sommes fouillé à l’entrée des bus. Premier conseil technique si la visite vous intéresse : prenez un pull et un pantalon, la clim est à 16°C à l’intérieur …

 

 

Une petite vidéo vous illustre la visite mais elle contient très peu d’informations alors on vous laisse lire la suite de l’article pour en savoir un peu plus.

C’est donc parti pour une visite de quatre heures en tout.

Premier arrêt : la zone de lancement pour les lanceurs Ariane 5 et Vega. Petite précision avant tout; depuis tout à l’heure on vous parle de lanceur et pas de fusée. La différence tient simplement au fait qu’un lanceur est une fusée qui emporte uniquement des satellites et autres charges utiles civiles ou commerciales, alors qu’une fusée peut emporter des missiles par exemple.

Lanceur Ariane V

Ce premier bunker est le lieu dédié au lanceur le jour du tir. C’est d’ici qu’on va vérifier tous les paramètres lié à celui-ci avant de transmettre à la salle de commandement un avis favorable ou non sur la poursuite des manœuvres. Lorsqu’on regarde tous ces ordinateurs on se croirait vraiment dans une scène du film Apollo 13 non ?

Bunker

La visite se poursuit direction le pas de tir d’Ariane 5. En chemin, nous passons d’ailleurs devant deux autres bâtiments qui lui sont dédiés : Le BIL pour Bâtiment d’Intégration du Lanceur. C’est ici que vont être assemblés les différentes parties d’Ariane 5. Par exemple, pour des raisons logistiques, on ne peut pas faire venir les boosters entiers, ils arrivent en kit qu’il faut par la suite monter. Cet assemblage prend à lui tout seul trois mois de travail !!

BIL

Puis, on longe le BAF ou Bâtiment d’Assemblage Final dans lequel les satellites, après avoir été longuement contrôlé, sont intégrés à la coiffe (partie haute du lanceur), elle même assemblée au reste de l’appareil. Les deux bâtiments sont reliés entre eux par une double ligne de TGV sur laquelle l’ensemble sera tracté.

BAF

Nous arrivons ensuite sur le pas de tir d’Ariane 5 et nous nous arrêtons même quelques instants à l’endroit où elle sera déposée. Nous retrouvons encore une fois la double voie ferrée qui amènera tout l’ensemble (lanceur, tour de maintien, etc…) la veille du départ. Un camion tire les 1700 tonnes (750 pour Ariane 5 dont environ 680 rien que pour le propergol solide, le carburant utilisé pour la propulsion) à la vitesse folle de 3 km/h !! :)

Ariane 5

Pour en finir coté explication avec Ariane 5, quelques chiffres. Depuis 1996, date de son premier lancement, ce lanceur à effectué 73 tirs, dont 71 réussis, ce qui en fait l’un des lanceurs les plus sûr au monde. Il s’agit d’un lanceur de l’Agence Spatiale Européenne (ESA) pour lequel douze pays participent (Autriche, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays Bas, Norvège, Espagne, Suède et Suisse). Il peut emmener en orbite géostationnaire (environ 36 000 km de la Terre) jusqu’à 10 tonnes et 20 en orbite basse, comme ça a été le cas en 2012 par exemple lorsqu’elle a envoyé l’ATV ravitailler l’ISS (Station Spatiale Internationale). Enfin, coté coût, le prix d’un lancement se fait un fonction du poids emporté. Il vous en coûtera donc entre 20 et 25 000 $ par kilo, pas la façon la plus économique de se débarrasser de sa belle mère quoi !! :) En moyenne, il y a sept tire d’Ariane 5 par an en Guyane.

Lanceur Véga

Juste à coté de ce pas de tir, nous pouvons également voir celui de Vega, qui a pris la place de la base de lancement d’Ariane 4. Ce petit lanceur (la taille d’un des booster d’Ariane 5) est le petit nouveau du CSG et est le fruit de la collaboration de sept pays (Belgique, France, Italie, Pays Bas, Espagne, Suède et Suisse) mais à dominante italienne. Il peut envoyer dans l’espace au maximum 1,5 tonnes et n’est utilisé que pour des satellites à orbite polaire (scientifiques, etc…). Seulement un à deux lancement par an sont programmés en moyenne.

Vega

Lanceur Soyuz

Pour finir du coté des lanceurs, nous nous dirigeons par la suite vers le site de lancement de Soyuz. Ce lanceur russe est également l’un des plus fiable au monde. Il peut emmener jusqu’à 2,8 tonnes en orbite géostationnaire depuis Kourou, soit presque deux fois plus que depuis la base de lancement en Asie centrale de Baïkonour (1,7 tonnes) grâce à l’effet de fronde. Les russes ne vendent pas leur technologie, ils l’a mettent à disposition de leur client. Ainsi ce sont des ingénieurs et des techniciens russes qui vont préparer les lanceurs avant de les confier à Ariane Espace pour le tir. Sur la base, en fait situé sur la commune de Sinnamary et plus de Kourou, on arrive tout d’abord devant le MIK qui est la zone de préparation du lanceur. La particularité de Soyuz est que son assemblage est effectué à l’horizontal, puis on relève le lanceur sur son pas de tir. Cette spécificité est due au fait que lorsqu’il a été conçut par les soviétiques en pleine guerre froide, il fallait que la zone d’assemblage ait la taille d’un usine normal pour ne pas éveiller les soupçons de l’ennemi. Quatre jours avant son lancement, Soyuz quitte le MIK pour son pas de tir où il va être basculé à la verticale. L’infrastructure est assez impressionnante comme vous pouvez le voir sur ces photos. Le pot d’échappement géant mesure 28 mètres de profondeur et s’étend sur 120 mètres de large. On imagine le volume de fumée dégagé par un décollage s’il faut un édifice pareil !!!

Soyuz

Une fois le lanceur en position, le bâtiment, qui est en fait sur rail, recul de 80 mètres afin de laisser le champ libre pour le décollage.

Soyuz_cote

Après avoir vu tous les pas de tirs présents sur le CSG, nous retournons au point de départ pour la visite de la salle Jupiter qui est le centre de commandement le jour du tir. C’est ici que les informations sur le lanceur mais également sur les conditions météos vont être centralisée pour donner ou non le feu vert au décollage. La salle doit être en plein émoi !!

Jupiter

Pour finir, il est possible de faire une visite du musée de l’espace, mais franchement il ne nous a pas convaincu… On a trouvé qu’il était plutôt orienté pour un public d’enfant et il n’est en plus pas très à jour. Pluton y est par exemple encore considéré comme une planète alors qu’elle ne l’est plus depuis 2006 … Non mais allô quoi !!

Allé un petit récapitulatif des lanceurs :

De gauche à droite : Ariane V, Soyuz, Vega et en exclusivité la maquette d’Ariane VI .

Tous les lanceurs

Fusée en coursFumée